L'expression «méthode des cas» fait référence à un mode interactif d'enseignement et d'apprentissage d'une pratique ou d'une profession. L'acte pédagogique est au coeur même de la méthode. Dans une école de gestion, cette approche pédagogique vise l'apprentissage des réalités organisationnelles et l'acquisition d'habiletés d'analyse, de synthèse et d'action à partir de situations concrètes sur lesquelles on réagit, interagit et réfléchit.
Pour tirer tout le potentiel didactique qu'offrent ces situations concrètes, le professeur mise sur le désir d'apprendre et l'apport des apprenants, sur le savoir publié, dont ces derniers prennent connaissance, aussi bien que sur leurs connaissances intuitives et rationalisées de l'action dans les organisations. Tout cela, sans compter les habiletés pédagogiques particulières qu'on attend d'un professeur qui utilise la méthode des cas. Si cette méthode réfère à une pédagogie précise des apprentissages par l'expérience et la pratique, le matériel à partir duquel elle advient, c'est-à-dire le cas lui-même, demeure crucial.
Dans une école de gestion, «un cas» est un document pédagogique qui vise, outre le transfert de connaissances, l'acquisition d'apprentissages et d'habiletés axés sur la pratique de la profession. C'est un document qui relate un pan de la vie d'une organisation ou d'une expérience de gestion, présentant soit un problème de gestion qui appelle une solution de type prise de décision et plan d'action, soit une description qui se prête à une analyse visant à illustrer une problématique de gestion, à poser un diagnostic, à établir un pronostic, etc. «Un cas» peut prendre différentes formes et viser des objectifs pédagogiques variés, et c'est justement ce qui fait la richesse de la méthode. L'expression «méthode des cas» regroupe donc un ensemble d'outils de recherche et d'enseignement dont le pivot est la production de documents traitant d'expériences pratiques devant servir de base à la discussion en classe, d'entraînement pratique et d'épreuves aux examens. Toutefois, pour être qualifié de «cas», un document doit avoir certaines caractéristiques précises.
Un cas ne peut être un simple recueil de coupures de journaux, une transcription brute d'entrevues ni un rapport de consultation ou de recherche. Bien que de tels matériaux puissent avoir leur utilité en classe, ils ne constituent pas, à proprement parler, un cas. Pour qu'il y ait «cas», il faut que différentes étapes aient été franchies : conception en réponse à un besoin de pédagogie ou de recherche sur le terrain; établissement de choix pédagogiques; traitement de données recueillies en entreprise ou d'autres sources; planification de la présentation; choix du support; rédaction et production; période de rodage en classe; rédaction de notes pédagogiques accompagnant le cas, etc. Mentionnons enfin qu'un cas inscrit au Centre de cas devra être rédigé dans un français impeccable, ce qui n'exclut pas, bien sûr, la transcription de citations traduisant le niveau de langage des personnes interviewées.
Sur le plan de la forme, un cas peut être un document papier. Cependant, le visuel et le virtuel sont devenus une grande partie de notre réalité. On utilise le film, la vidéo, le cédérom et l'Internet pour produire des cas. Bientôt, ce sera le dévédérom. L'imprimerie et l'imprimé ne sont donc plus les seuls moyens de création, de reproduction et de diffusion, et les cas ne seront plus tout à fait ce qu'ils étaient. Le Centre de cas HEC Montréal est ouvert aux nouvelles technologies qui permettent des contenus, des médias et des utilisations pédagogiques différentes, plus actuelles et plus riches.
Sources
La réalité des organisations. Puisque la méthode des cas cherche à susciter des apprentissages de la réalité des organisations, on reconnaît qu'en principe, un cas est construit à partir de situations réelles. Comme la tradition et l'orthodoxie le veulent, la réalité des organisations, telle qu'elle peut être observée, décrite et reconstruite, demeurera la principale source du matériel pédagogique se réclamant de la méthode des cas. Cependant, la richesse de l'acte pédagogique et des apprentissages qu'une situation concrète peut susciter reste une préoccupation constante de pédagogue et le premier objectif que poursuit le Centre de cas.
L'apprentissage des habiletés. Depuis des décennies, on a créé des simulations d'entreprise, des simulations de marché, des exercices d'habileté, des incidents critiques et des jeux de rôle dont on reconnaît la valeur pédagogique et qu'on utilise dans l'esprit de la méthode des cas. On pourrait citer l'exemple du In Basket qui sert aussi bien pour la formation que pour le recrutement. Ces simulations, exercices, «jeux» ou incidents peuvent être produits à partir d'une situation réelle, d'une combinaison intégrant des éléments de plusieurs situations réelles, mais en partie, ils sont aussi le fruit de l'imagination d'une équipe de création cherchant à produire des documents pédagogiques vrais, réalistes et efficaces sur le plan des apprentissages. Des pédagogues d'expérience peuvent créer des cas fort pertinents pour les apprentissages à partir de la connaissance intime qu'ils ont de la réalité des organisations.
La fiction qui dépasse la réalité. À notre époque du visuel et du multimédia et d'une grande professionnalisation de la communication, il ne faut pas craindre d'avoir recours aux expertises professionnelles et aux supports qui nous permettront de produire des contenus crédibles pour nos clientèles et dans des formes qui sont celles couramment présentes dans la vie des étudiants des programmes réguliers et de nos participants aux activités de formation et de perfectionnement. Le recours à la scénarisation et à l'animation pour produire des cas ne devrait pas être écarté.
Si, pour des raisons d'ordre pratique, d'habitude ou de familiarité avec l'écrit, nous avons surtout fait appel jusqu'ici à des assistants de recherche et à des rédacteurs professionnels, à l'avenir, on pourra avoir davantage recours à des scénaristes, des acteurs, des metteurs en scène et des réalisateurs professionnels pour produire des «cas». Ces fictions sont généralement produites d'après des situations et des faits réels, et parce qu'il s'agit de fictions, elles dépassent souvent le réel en réalisme. Les expériences de ce type sont pour l'instant relativement rares parce que plus longues, plus difficiles et plus coûteuses à produire, mais elles doivent être non seulement reconnues comme valables, mais encouragées et évaluées à leur juste valeur.



